La bande à Exiga embrase le Palatinu

 

 corsicamarina

- «  Deux mille personnes pour assister à un match de volley ! On m’aurait dit ça, ne fut-ce qu’il y a six mois, je ne l’aurais jamais cru !  » Antoine Exiga, emblématique et opiniâtre président du GFCA volley n’en revient toujours pas. Sans compter que ces «  deux mille personnes  » n’ «  assistent  » pas mais vivent intensément chaque rendez-vous de la Ligue A. «  Ce n’est pas moi, c’est la structure  » affirme-t-il avec une réelle modestie et peut-être raison. «  Tout a changé avec le Palatinu  ». Il confie : «  Jusqu’à présent, le volley n’était pas suffisamment médiatisé. Alors que, depuis quelques années, nous l’avions porté au plus haut niveau. C’est en tout cas ce que je ressentais, lorsqu’on me renvoyait systématiquement au foot. Moi, je sais trop que ce sont deux mondes différents. La Ligue nationale de Football, eu égard à ses budgets, je pense en particulier aux droits TV, fait vivre les clubs de  L 1 et de L 2 alors que ce sont les clubs, avec leurs cotisations (en Ligue A nous versons près de 30 000 euros par an) qui font vivre la Ligue Nationale de Volley. Mais aujourd’hui tout a changé, je pense que, désormais, le volley compte beaucoup pour Ajaccio et les Ajacciens.  » Juste récompense pour celui qui a porté le volley ajaccien, et sans doute insulaire, à bout de bras durant près de trente ans. Installant durablement son club en Ligue A avec parfois des bouts de ficelle, un budget dérisoire, d’improbables dérogations de la Ligue pour évoluer dans une salle qui n’était pas aux normes. Mais avec un coeur énorme et ce talent – l’a-t-on assez reconnu ? – de recruter fort et pas cher, saison après saison. Seulement voilà, cette année le GFCA a bousculé la hiérarchie, pris un temps la tête du championnat, s’est installé au sommet de la Ligue A. Avec un effectif de qualité, évidemment, mais qui n’était pas promis à pareille fête. On s’emballe. On se prend à rêver d’une compétition européenne. Exiga tempère : «  La saison est encore longue.  » Il n’empêche. Son équipe renverse tous les pronostics, fait tomber les plus gros, les pousse dans leurs derniers retranchements. Le tout avec une aisance déconcertante. Celle qui s’acquiert dans les grands clubs. Etalée contre Paris, (battu 3-1). Ou face à l’ogre Tours (match perdu au tie-break). Ou encore à Montpellier (battu 3-0).  Pour expliquer les prouesses de ce GFCA new look, Antoine Exiga revient à sa première idée, le Palatinu. Une idée fixe : «  Dans cette salle extraordinaire, il s’est passé quelque chose avec les joueurs, avec le public.  » Il lui faut pourtant assumer les conséquences d’un recrutement de qualité, celui qu’il a validé à l’intersaison : «  Nous avons réussi à conserver quasiment tous les joueurs avec qui nous souhaitions nous inscrire dans la durée. Je pense à un garçon comme Florian Lacassie, international A’, mais aussi à Brett Dailey un joueur de devoir exemplaire. Cette ossature, en y rajoutant Simovski qui était sous contrat et le libero Peironet, sans oublier notre second passeur Martinez et le jeune Talia constituait un socle pour, à partir de là, bâtir un édifice solide. Force est de constater, que ceux qui sont venus se greffer ont vite démontré qu’ils étaient complémentaires. L’un dans l’autre, une équipe compétitive est née.  » Cet homme affable, et simple, comme savent l’être les gens de talent, semble raconter une histoire simple : «  Il est vrai qu’en consultant les effectifs de nos adversaires et notamment celui des promus, il y avait de quoi se poser des questions. Je dois vous avouer, que j’étais un peu inquiet surtout avec ce changement de salle et les questions que l’on pouvait légitimement se poser autour. C’est la raison pour laquelle, on comptait d’abord emmagasiner le plus rapidement possible les points nécessaires pour assurer notre maintien. Même si on a perdu nettement lors de notre première sortie à Chaumont, il y a eu ensuite cette inauguration du Palatinu et ce succès avec la manière acquis face à Nantes. Après, tout s’est enchaîné de manière favorable et nous avons réussi à bien négocier ce premier mois de compétition très important. J’avais très vite ressenti de la qualité dans ce groupe. Il m’a totalement rassuré.  » Mais de revenir aussitôt à son idée fixe : « Il y a eu un effet Palatinu immédiat.  » Il parle, on l’écoute. «  Croyez-moi, ce n‘était pas  gagné d’avance. D’ailleurs, on avait imaginé regrouper les gens au milieu de la tribune principale et ne pas ouvrir celle modulable située en face. Très vite, on s’est aperçu qu’il était possible de bien garnir les deux, de sorte qu’une ambiance de fête s’est installée. On peut dire que les gens se sont pris au jeu. » Mais il n’en démordra pas : «  Voilà trente ans qu’Ajaccio attendait une salle moderne. Je pense que nous avions eu raison de la réclamer, lorsqu’on mesure tout ce que cela peut engendrer comme audience. Jouer devant plus d’un millier de personnes, c’est exceptionnel dans une ville comme Ajaccio où il y a deux équipes de football professionnelles et aussi du handball à un bon niveau national. Cela ne peut qu’offrir d’autres perspectives et aussi d’autres ambitions.  »

En marge des performances sportives, et de l’engouement qu’elles suscitent (on constate une nette augmentation des licenciés au GFCA : près de 300), c’est le rôle social, dans le cadre des missions d’intérêt général (MIG), dans les quartiers, collèges et lycées (en partenariat avec les collectivités), qui prend une nouvelle dimension. Ce dont se félicitent éducateurs et enseignants, qui trouvent de nouvelles opportunités d’insertion sociale grâce à la valeur volley. «  Mon rêve serait de créer un centre de formation  » sourit Antoine Exiga, qui a des idées fixes mais aussi de la suite dans les idées.

Sbraggia Constant